Formé pour être graveur, inspiré
pour être poète, poussé à
écrire des chansons, intrigué pour
découvrir la force musicale des galets ou
des écorces d'arbre, Emmanuel Dilhac ne ressemble
à « rien de connu ».
Heureusement pour lui, tant mieux pour nous. Le
voici arrivé à une nouvelle étape
de ses recherches : on y découvre toujours
le fond, cette vérité à partager.
Dilhac est lucide : partant du principe que la tricherie
est le pire des avatars de l'art - même si
c'est parfois plus payant que la sincérité
- il reste dans la vérité. La sienne.
Celle qu'il faut partager. Ses œuvres récentes
viennent de loin, du bilan de ses expériences
sans cesse remises en question, du désir
profond de communiquer sa connaissance, ses élans,
ses passions, ses bonheurs. Des colonnes noires,
des menhirs logiques, des toiles en relief portent
des signes, des repères, des moments d'émois
parce qu'ils s'articulent les uns sur les autres,
parce qu'ils agissent ensemble pour ébranler
les évidences trop certaines.
Dilhac va chercher ses signes dans le cosmos, dans
le passé recomposé de l'Homme, dans
la mémoire collective. Il invente et on aura
toujours l'impression que ces signes sont nôtres,
qu'on les a déjà vus : normal, ils
sont naturels. Dilhac pratique le retour aux sources
pour explorer l'avenir : ce qu'il propose, ce sont
des étapes, des évidences et des découvertes.
Tout est tranquille en apparence et la paix vient
d'elle même. Il s'agira donc de contemplation,
de ressentir une onde venue de très loin,
un équilibre inné - Dilhac est musicien
dans l'œuvre plastique comme il est peintre
dans l'ouvrage musical. Cette lucidité à
partager, il en fait sa règle de vie, sa
liberté belle, son bonheur. Pacificateur,
Dilhac exprime un sens religieux du monde, comme
s'il avait réussi à en capter les
forces bénéfiques, le sens laïc
de l'homme, ses émois de cœur, ses élans
d'âme. Son discours graphique est un acte
de foi. Et se situe hors des modes, des styles,
des courants. Inclassable et donc suspect pour ceux
qui aiment les conceptions conceptuelles, les tiroirs
culturels et les étiquettes officielles.
Mais on voit bien mieux les choses quand elles vivent
à l'air libre... Dilhac est un homme libre.
Par conséquent à protéger.
Roger BALAVOINE
Journaliste, Critique d’art