Oeuvre d'art du plasticien encouragé par
Debuffet, et celui du poète-musicien, du
graveur, du peintre, du chanteur imprégné
de culture classique, admirateur des impressionnistes
et des surréalistes, vivant en osmose avec
la nature, son art original est le fruit d'une subtile
alchimie faite de différents matériaux
et d'une grande diversité d'architecture.
Emerveillé par la nature, Emmanuel Dilhac
ne peut séparer les sons et les formes aussi
a-t-il longuement écouté le chant
des oiseaux, recueilli les pierres des torrents
qui ont un langage, les racines qui sont formes
mais aussi cris d’oiseaux et bruissements
d'insectes lorsqu'elles sont frottées sur
l’écorce des arbres formant caisse
de résonance : climat sonore mettant le visiteur
en état de grâce.
L’artiste a patiemment récolté
des sables variés, de la terre d’origines
différentes, qu’il a mélangé
avec du médium, du ciment et de l'acrilyque
créant une alchimie totale et mystérieuse
lui fournissant un matériau inventé
qu’il va transcender en une écriture
picturale personnelle pour tenter d'arracher à
la nature ses secrets. Celle-ci a accumulé
des sédiments au cours des millénaires,
ils sont porteurs de civilisations enfouies et inconnues
que la peinture va nous restituer. D’où
ces grandes constructions totémiques de formes
dissymétriques, parfois régulières,
longilignes telles des portes ouvertes sur le cosmos.
Parfois elles se présentent comme de grandes
plaques de bols carrées recouvertes de formes
complexes de cellulose, toujours trois épaisseurs
puisque trois est un chiffre sacré, afin
d'aboutir à une vision cosmique à
partir de la terre. Tous ces motifs en surimpression
sont façonnés, sculptes et la lumière
joue sur les creux et les bosses donnant l'impression
d'une écriture inconnue en relief. Des plaques
horizontales, verticales, accolées les unes
aux autres, révèlent la mémoire
inconsciente des signes. L'artiste semble répondre
aux questions que lui-même et le visiteur
se posent en pénétrant les souvenirs
des sédiments anciens gardés par la
nature afin d'aller vers l'invisible enraciné
dans la terre.
E. Dilhac use de couleurs assourdies, d'une belle
gamme de bruns chauds relevés de discrets
orangés car l'artiste ne vit pas sa recherche
dans l'angoisse mais dans la plénitude, il
nous entraîne donc à fouiller la mémoire
collective par des recherches de formes et de couleurs
équilibrées et harmonieuses. Chaque
œuvre est une aventure, un cheminement vers
l'inconnu. L'écriture picturale de E. Dilhac
est elle d'un artiste complet se situant à
l'écart de tout courant contemporain car
il est avant tout créateur en quête
incessante de l'Invisible mais ces formes et signes
puissamment rythmés sont visibles pour nous
en leur beauté.
Eliane Foucher
Critique d’art